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Ce blog est le petit frère de notre site disparu et un peu reconstitué ici.

mercredi 15 mai 2013

Autonomie de la poésie


Les problèmes de survie du Printemps des Poètes (voir les résumés ici ou bien là) ont mis à jour ces derniers mois des questions de fond touchant au rapport que nos sociétés entretiennent avec l'art, et singulièrement avec la poésie et donc avec leur propre essence. 
Plus on analyse ces questions, plus s'impose la nécessité d'affirmer l'autonomie de la poésie en tant que secteur distinct.

Posé clairement, ce principe entraîne diverses conséquences au regard de la création, de la diffusion et de la distribution de la poésie en France. 
Disons-le net : aujourd'hui, ce souci est d'ordre politique. Cela oblige à ouvrir les volets de la tour d'ivoire où l'on croit enfermés les poètes et à lancer l'oeil hors de la tour de feu. 

© Médiathèque départementale de Seine-et-Marne.

Ni littérature...

Ce n'est pas parce qu'elle s'écrit dans des livres que la poésie doit être enfermée dans la vaste maison de la littérature. D'ailleurs les bons libraires ont un vrai rayon poésie, une large fenêtre, et ce n'est pas seulement par habitude ou par amour des catégories d'Aristote. C'est qu'en commerçants avisés, ils sont à l'écoute du Lecteur. Or pour s'y retrouver dans la profusion de l'offre et de ses désirs touffus, le Lecteur a besoin de repères.

Même s'il est parfois maigre, la seule existence d'un rayon poésie est la preuve en acte de la résistance vitaliste de ce secteur. C'est aussi le meilleur moyen d'en assurer l'extension naturelle car on découvre souvent un nouvel auteur par un naturel voisinage de rayonnage ? On cherche les "Histoires" de Prévert et on ouvre les "Fragments du choeur" de Marcelin Pleynet, par la simple grâce de l'alphabet. La bonne nouvelle pour les vivants, c'est que dès qu'un rayon poésie existe, il est rare que ne s'y cachent quelques poètes contemporains.

Ni spectacle...

De même, ce n'est pas parce que la poésie peut être lue en public, voire mise en scène, qu'elle doit être engloutie dans l'ample espace du spectacle, non plus que dans le champs du théâtre qui lui aussi a droit à son aire spécifique. Bien sûr Shakespeare est un poète et pas seulement dans ses Sonnets ou dans ses poèmes épiques ou lyriques, bien sûr Jean-Pierre Verheggen dit par Jacques Bonnaffé est délectable aux oreilles mais une mise en scène n'est que l'une des multiples interprétations qu'ouvre la densité d'imaginaire d'un poème. Il n'est pas nécessaire de "monter" Anabase de Saint-John Perse ou Poèmes de la presqu'île de Michel Deguy pour les goûter. Le livre se suffit. 

C'est pourquoi, de même que l'endroit où l'on voit des films s'appelle un cinéma, il faut des lieux spécifiques dont le nom soit Maison de la poésie ou Maison de poésie. Ceci afin que chacun s'y retrouve, à commencer par le public. On peut, si l'on est facétieux, parler de Cabane de poésie mais l'idée d'une demeure attachée à ce genre doit s'imposer. Là encore, c'est une question d'affirmation. Sans tomber dans un forme de nominalisme, on sait à quel point le mot crée la chose. Et justement Marcelin Pleynet dans "Fragments du choeur, vers et proses" (p. 97, éd. L'infini / Denoël 1984) affirme : 
"Du nom des choses, de la mission baptismale de la pensée." 

Parlons chiffres clairs

Cette autonomie du secteur de la poésie est singulièrement nécessaire dans les outils permettant de mesurer sa présence.
Il est assez peu efficace, et donc compréhensible, voire acceptable, que certains chiffres émanant des structures professionnelles mêlent indistinctement théâtre et poésie au motif que les volumes étant faibles cela aurait peu de sens de les dissocier. Bien au contraire !

Il y a dans cette pratique une courte logique comptable. Elle est bien compréhensible si l'on ne s'intéresse qu'aux quantités et donc aux plus gros volumes, mais c'est une aporie et même une absurdité dès lors que l'on prend en compte la valeur immatérielle, le capital incommensurable, la qualité.
En passant, et afin de ne pas se laisser enfermer dans un faux débat sur la qualité qui, pour ceux que cela arrange, serait toujours "discutable" ou "subjective", posons immédiatement avec force que non ! la qualité d'un Apollinaire n'est pas comparable avec celle d'un livre de cuisine. C'est comme ça.

Le mélange fréquent des chiffres de diffusion des secteurs de la poésie et du théâtre - ainsi stigmatisés ipso facto comme des sous-secteurs - rend ces données non seulement vides de sens mais inexploitables et donc inutiles. Surtout quand on passe de l'analyse statique à l'étude dynamique. Comment mesurer l'évolution d'un secteur avec des chiffres globalisant deux secteurs ?
D'autre part, comment évaluer l'efficacité de telle ou telle action spécifique ? Comment savoir si une initiative pour mettre en avant une nouvelle variété de poires a été efficace si on ne dispose que du chiffre global poires + pommes ? Absurde...

Tout ce qui est dit ici nous semble d'ailleurs vrai aussi pour l'autre partie du "couple" théâtre/poésie. Tous deux devraient joindre leurs efforts pour que cesse cette mauvaise pratique. Le théâtre, lui aussi, ne peut que souffrir de cet amalgame. 

Pour toutes ces raisons de simple bon sens, la commission "Etat des lieux / Chiffres" de l'Union des Poètes et Cie s'est attachée à ce point prioritaire dès la création de l'association en décembre 2012. Sans données détaillées, on ne peut trouver dans les chiffres aucune aide sérieuse, aucun outil de décision et les bonnes volontés sont condamnées à tourner en rond en répétant indéfiniment un discours de lamentation inutile et démotivant comme dans un film de Guy Debord : 
"In girum imus nocte et consumimur igni."
(Nous tournons en rond dans la nuit et nous consumons dans les flammes)
Ces derniers mois de travail de défrichage, de prises de contact, d'organisation, de construction des questions ne nous font espérer aucun miracle, quoi que.... 

Tout comme l'avait fait Bruno Grégoire dans son ouvrage "Poésies aujourd'hui" publié en 1990 chez Seghers, il est toujours utile de ratisser régulièrement la plage après la marée, d'ouvrir les mains et de regarder ce que l'on a dedans. Ne serait-ce que pour ensuite fourbir les armes de la poésie. 

                                                                               Dominique Guillerm
                        

Nota bene : Ce texte n'engage pas l'Union des Poètes et Cie. Il a pour seul objectif de nourrir les réflexions collectives en cours. Réflexions que nous poursuivrons lors de la 3e réunion plénière du vendredi 7 Juin 2013 de 19h à 20h30 à la Salle des Expositions (1er étage) de la Mairie du 2ème ardt, 8, rue de la Banque, 75002 Paris. 
Ordre du jour complet consultable sur la page Facebook de l'association. En voici un extrait : 
  • Synthèse des actions réalisées
  • Présence au Marché de la poésie
  • Intervention à la Maison de la poésie 
  • Synthèse des travaux des commissions
  • Échanges sur le projet : Le livre pratique du poète
  • Les conditions de l’édition poétique : vers un contrat type ?
  • Conditions de l’édition numérique
  • Conditions pour les interventions et animations poétiques
  • Actions à envisager...

dimanche 12 mai 2013

De la poésie dans les journaux étrangers !?!


Une petite expérience de médiologie amusante : et si nous recensions ici les journaux étrangers qui publient de la poésie ou font état des publications de poésie contemporaine ? 

Ainsi, en Allemagne...

Dans le dernier numéro de la revue en ligne Recours au Poème, on trouve cette information de Pascale Trück dans son article sur le numéro d'avril 2013 de la revue Europe : sur Sebald et Tranströmer.
" Renaud Ego est l’un des rares en France (avec son fidèle éditeur, le Castor astral, et son traducteur Jacques Outin) qui connaissaient déjà l’auteur suédois avant son prix Nobel. On lui doit la postface à l’édition desŒuvres complètes (Le Castor astral, 1996 ; Poésie / Gallimard, 2004). Il explique ainsi – non sans humour – notre ignorance : « la poésie n’a plus aucune place dans la presse où elle est reléguée au rang d’aimable curiosité ou de survivance archaïque comme le sont la charrette à bras et la danse bigoudène », avant de citer quelques phrases de journalistes – et là, cela devient moins drôle. Ces dernières rappellent les sarcasmes lus ici et là quand le Nobel fut décerné à Herta Müller, en 2009. (...) "
" Les choses sont bien différentes dans les mondes anglo-saxon et germanique. En Allemagne, les grands quotidiens donnent à lire chaque semaine des textes de poètes contemporains, quand les nôtres ne se souviennent du mot « poésie » qu’à l’occasion de la parution de quelques pages de Michel Houellebecq. "
A la manière 2.0, cet article est une ébauche, un commencement, une invitation à vous tous que la poésie ne laisse pas indifférents, un appel à le continuer, soit sur vos blogs et sites, soit sur Facebook, soit à nous envoyer vos informations brutes que nous mettrons en forme afin de l'enrichir. 

Un pour tous comme disait l'autre, à nous de jouer. 

Via ce lien, vous accédez à la traduction en allemand de cet article par Eva Marie Berg, membre de l'Union des Poètes et Cie.

mardi 7 mai 2013

Lettre ouverte au magazine CAUSEUR


De la poésie dans Causeur ?
Monsieur le Directeur de la publication, 
Mme la Directrice de la Rédaction, 

Serez-vous les premiers à (r)ouvrir vos colonnes à la poésie ?

L’écriture, et singulièrement la poésie, oblige à s'éloigner du quotidien tous les jours. Alors on vient seulement de découvrir votre magazine, un mois après sa sortie. Pas facilement d’ailleurs ! Il aura fallu visiter trois kiosques car votre numéro daté d’avril 2013 semble s’être bien vendu. Après lecture, reconnaissons que c’est mérité. 

Recherché pour l’interview du philosophe Marcel GAUCHET - qu’avait signalée Brice COUTURIER sur Facebook – votre magazine nous a paru pertinent et équilibré dans son regard multi facettes. Bravo pour votre dossier sur le Nouveau désordre moral qui appelle, en creux, à plus de poésie.

Or, quand on lit plus de poésie, notamment contemporaine, que de romans, on en vient à se poser la question suivante : allez-vous être parmi les premiers à (r)ouvrir vos colonnes à la critique/chronique régulière des productions des poètes ? Dans ce N°1 en tout cas, hélas, pas un mot sur la poésie.

Vitalité des poètes dans l’Union
A l’occasion du dernier Printemps des Poètes qui fut un succès historique, tant en nombre de manifestations qu’en fréquentation, on a pu mesurer un renversement : celui qui est à l’œuvre aujourd'hui dans le regard que les media portent sur la poésie. Certains supports grand public, y compris des radios et télévisions nationales, commencent à prendre la mesure du regain de désir dont elle bénéficie. 

La fameuse « Une » de Libération avec Michel HOUELLEBECQ ne sort pas de nulle part... Ce n’est pas un coup d’édition, c’est une conséquence. Que l’on n’aime ou pas Houellebecq, que l’on n’aime ou pas sa poésie, cela prouve surtout que quelque chose a bougé, comme décrit ici. 
Dans une société agressée par le consumérisme, la guerre économique et la dictature de l’audimat, ils (les gens) sont de plus en plus nombreux à regarder ailleurs, à rechercher du bonheur là où il est intrinsèquement : dans l’art, et de manière concentrée, dans la poésie.

Parmi les centaines de définitions de la poésie, celle de Caroline SAGOT-DUVAUROUX est l’une des plus justes et enthousiasmantes : « La poésie, c'est toujours autre chose ».
Ecourtons la démonstration ici, vous avez compris le propos. D’ailleurs, je me permets de vous proposer une rencontre avec notre association, l'Union des Poètes et Cie.

Jeune, puisque créée fin 2012 sous la pression des événements (Réforme du CNL, changement de direction à la Maison de la Poésie de Paris, menaces sur le Printemps des Poètes…), elle est l'héritière « officielle » - et en tout cas reconnue - de l'Union des Ecrivains fondée en mai 1968 par Jean-Pierre FAYE, Michel BUTOR, Nathalie SARRAUTE entre autres, dont elle a officiellement pris le relais.

 Diverses commissions spécifiques ont déjà commencé à travailler sur des sujets techniques qui recoupent d’ailleurs certains domaines couverts par la mission LESCURE ("concertation sur les contenus culturels et pratiques numériques") dans le cadre de l’Acte II de l’exception culturelle engagée par la ministre de la culture Aurélie FILIPPETTI.

Il y a moins d’un mois, le 13 avril 2013, Jérôme LEROY, le rédacteur en chef culture de votre magazine, écrivait très justement : « Et si nous cessions d'avoir peur de la poésie contemporaine ? ». Il a raison... Nous nous joignons à sa suggestion et sommes prêts à vous apporter toute l’aide concrète que vous voudrez pour la mettre en pratique.

Voyons-nous par exemple, quand vous voudrez. Mardi ?
Bien à vous. 

Dominique GUILLERM,
Animateur de la commission Etat des lieux de l’Union des Poètes et Cie

mardi 2 avril 2013

Avec Houellebecq la poésie fait la Une de Libé

La "Une" de Libération du mardi 2 avril 2013

La poésie est-elle en train de se dévêtir dans la perception des media de son vieux manteau de passéisme un peu ringard ?


Cette fois, ce n'est plus nous - forcément suspects de partialité vu le titre de notre blog - qui le disons, c'est Libé, le nécessaire porte-voix des rebelles, des héritiers de Mai 68, d'Actuel et des Inrockuptibles, l'arbitre des élégances toujours en avance, le media fureteur qui a dans ses gênes le sens du contre-courant avant-gardiste... Pléonasmes ? tant pis. 

"Le monde n'est plus digne de la poésie". Libération l'écrit en toutes lettres, et en fait le gros titre de sa "Une". Plus qu'un titre, c'est un splendide vers de poète contemporain de toutes les époques... Quoi qu'on en dise avant de l'avoir lu, Houellebecq est poète, physiquement, il écrit et publie de la poésie. Et depuis longtemps. Avec sa tête, avec ses rêves souvent gris, avec ses mains et avec du papier. 

Ceux qui l'avaient entendu il y a peu de semaines, le 6 janvier exactement, sur France Culture dans la belle émission de Sophie Nauleau "Ca rime à quoi" le savaient. Mais ceux qui n'ont pas suivi tous les méandres de la carrière souvent bruyante de cet écrivain qui a commencé par la poésie et ne cesse de la pratiquer, sauf lorsqu'il écrit des romans, pourront y voir une sorte d'aveu stupéfiant, de révélation, de coming out comme on dit en français assiégé d'aujourd'hui.

Derrière cette "Une" claironnante, porte-drapeau manifeste pas vraiment à l'avantage du monde, s'égrènent quatre (oui 4 !) pages où la timide se voit tresser des guirlandes de pampres et d'acacia, un triomphe avec couronnes de laurier et gloires de béatitudes en étendard. Guère habituée, la poésie ne sait plus où se mettre; le soir elle doit encore chercher une violette où se cacher.

Le vers de la "Une" prend d'ailleurs un autre relief lorsqu'il est lu dans le fil de l'interview de Sylvain Bourmeau qui ouvre ces pages : "Je pourrais (...) dire - sèchement - que le monde n'est plus digne de la poésie. Si l'on veut être optimiste, on peut penser que le temps du roman n'est pas terminé. (...) ça ménage l'idée d'un retour à des temps plus favorables pour la poésie."

Douceur agréable à l'œil que ces paragraphes où Houellebecq dit comment il aime Verlaine, Apollinaire et Aragon. Et les cite avec une gourmandise de vieil habitué : "Dans le vieux parc solitaire et glacé / Deux formes ont tout à l'heure passé." Dommage quand même que de son propre aveu il s'arrête à Mallarmé et Apollinaire, avec une exception pour Aragon.




Populaire ?

Avec dans ce numéro de Libé un total de quatre articles, dont deux d'Eric Loret s'attachent davantage au style et à l'inspiration de l'auteur, il importe aussi de signaler une ébauche d'hypothèse de prophétie, hasardée sous la plume de Nicolas Demorand : "(la poésie) cet usage si particulier de la langue peut redevenir populaire. Populaire au beau sens du terme. Populaire si l'on ose s'en saisir la plume à la main, sans avoir peur ou honte de mettre son coeur à nu." (On peut lire la suite dans l'éditorial ci-dessous).

Dans son édito, Nicolas Demorand rend aussi hommage
à l'école, au Livre de Poche, aux vers appris par coeur... 
 
 
Du recueil lui-même "Configuration du dernier rivage" (Flammarion), on ne pourra pas dire grand chose encore ici, ne l'ayant pas lu puisqu'il sort le 17 avril. Ce qui ne nous empêchera pas, même s'il ne nous plaît pas, de nous féliciter de sa publication.

vendredi 29 mars 2013

Comme tout a changé en 6 mois !


"A la fin tu es las de ce monde ancien

qui croit que la poésie ne sert à rien...". 
Pardon, Guillaume pour ce détournement 
mais c'est pour la bonne cause. 

Sur son blog, le journaliste Amaury Da Cunha a publié un "article initialement paru dans le supplément "culture & idées" du Monde". C'est un bon tour d'horizon de l'état de la poésie ou plutôt de la perception qu'en ont les intervenants interrogés : Pierre Alferi, Jean-Michel Maulpoix, Denis Roche, Pierre Pachet, Florence Trocmé...

Plus exactement encore : c'est un tour d'horizon de l'état de la poésie... il y a 6 mois. En effet, cet article est daté, au sens propre. Il est d'octobre 2012 or six mois aujourd'hui valent bien six siècles, le miroir a déjà un peu jauni. Ce dont on est en droit de se réjouir vu le ton globalement attristé de cet article qui reflète les lunes anciennes : la poésie serait "ringarde et passéiste". Compatissons...

Et comme c'est Jacques Roubaud qui le dit - avec toute la réelle autorité sur le sujet qui est la sienne - on pourrait croire que le débat est clos et que l'affaire de la poésie est définitivement perdue dans les brumes délétères d'un gentil souvenir. Seulement l'article du Monde diplomatique dont ces propos sont extraits datent eux de janvier 2010 ! Et là, 3 ans égalent 3000 ans. 

Mais laissons la préhistoire et revenons à l'époque contemporaine. Que s'est-il passé depuis six mois ? Le Printemps des Poètes est passé par là. 


Un retournement


Le 15e Printemps qui vient de se terminer a manifestement inauguré un retournement. Les spectacles étaient souvent pleins et pour une fois les media en ont parlé. Ou le contraire, comme dans la question de la poule et l'oeuf.

Les chiffres l'attestent, puisqu'il faut toujours attester, mais plus encore ce qui fait signe c'est ce qu'il faut bien appeler un engouement nouveau des media pour la chose poétique. Voir les articles de synthèse ici et aussi là, qui ne représentent sans doute pas un dixième de la réalité. 
Cette preuve n'est d'ailleurs pas seulement dans le nombre des retombées presse, comme disent les professionnels, mais dans le ton nouveau que l'on y perçoit. Le discours que l'équipe du Printemps des Poètes, à commencer par son directeur artistique Jean-Pierre Siméon, ne cesse de répéter depuis 15 ans a enfin été entendu. Sont-ils devenus meilleurs ? Peut-être, mais sans doute aussi : c'était le bon moment. 

Jacques Bonnaffé, impérial sur la plate-forme du bus
exceptionnellement garé sur la piazza Beaubourg
le 9 mars jour du lancement du Printemps.

L'effet d'événement n'est sans doute pas pour rien dans ce succès. La concentration sur deux semaines de milliers d'opérations sur tout le pays a forcément incité les media à en rendre compte. La présence de porte-drapeaux magnifiques comme Denis Lavant et Jacques Bonnaffé, le soutien de partenaires solides comme la RATP - avec son bus à plate-forme sur la piazza Beaubourg le 9 mars jour du lancement - les très nombreuses émissions sur France culture et France Inter, tout cela a permis de mettre en route ce qui est devenu un imposant train d'articles, reportages, annonces, etc. 

Le milieu s'ouvre


Il y a aussi que le milieu a commencé de sortir du milieu. Le cercle des spécialistes s'est ouvert. On a vu des gens "venir pour la première fois", comme ça "par curiosité". 
Et puis, grâce, il faut bien l'avouer, aux réseaux sociaux, à commencer par Facebook - qui simplifie tellement la vie de ceux qui n'ont pas de budget pour communiquer - l'information est passée. Et le fond de cette information, son tronc commun, derrière les détails est ceci : Y'A UN TRUC SYMPA AUJOURD'HUI QUI S'APPELLE LA POESIE. 

Et ça, vu le contexte comme on dit, ça parle aux gens. Les media le sentent et font leur travail. Comme l'ont bien analysé des chercheurs comme Dominique Wolton, les media ne créent pas de tendances, ils n'inventent rien mais ils n'ont pas leur pareil pour amplifier les mouvements de cette vaste mer qu'est une société. 

Bien malin qui pourrait dire l'avenir mais quelque chose a démarré et rien ne prouve que ce train-là doive s'arrêter. 

D'autant que les premiers concernés, les poètes, se sont structurés ici et là en groupes plus ou moins formels. Ainsi l'UNION DES POETES, dont nous relations il y a quelques semaines la création et les premières réunions, est forte déjà d'une centaine de membres actifs et a formalisé son programme de travail. 

Derrière ce succès du Printemps des Poètes 2013, il y a aussi le travail de fond effectué par des centaines d'associations, groupes, bandes de copains, partout en France, qui ne se sont jamais résignés et continuent inlassablement leur travail de Résistants, à l'exemple de l'association Poètes en Résonance du poète Seyhmus Dagtekin qui vous attend ce soir-même pour entendre les poètes Patrice Delbourg et Shumona Sinha, accompagnés par la musicienne Hélène Arntzen. Comme d'habitude : entrée libre, accueil prévu pour les enfants et la soirée se poursuit autour d'une collation festive préparée par les voisins du quartier. Mais si, c'est possible. C'est au 8, rue Camille-Flammarion, dans le 18e à Paris. Si vous avez cette information trop tard, pas de désespoir, ces rendez-vous sont quasiment mensuels. Précisons : ceci n'est pas de la pub, c'est de l'information. C'est gratuit, comme presque toutes les manifestations de poésie. A se demander comment les poètes mangent et paient leur loyer...

Voilà encore une excellente raison pour que le ministre Vincent PEILLON rétablisse la subvention de 50 000€ qui manque encore dans la bourse du Printemps des Poètes au titre du budget 2012 et qu'il n'ampute pas le budget 2013, évidemment. 

Et pour qu'Apollinaire nous pardonne l'emprunt du début de Zone, premier poème du recueil Alcools, - vendu à 200 exemplaires à sa sortie et à 2 000 000 aujourd'hui - en voici les derniers vers :
" Adieu Adieu 
Soleil cou coupé. "

mardi 26 mars 2013

Inventario de lugares propicios al amor

Un inventaire de lieux propices à l'amour en ces temps hostiles, accueillants à la haine.
"En este tiempo hostil, propicio al odio." 

L'élégiaque Properce en rêvait...
En voici la piste dans la langue de Angel González, 
introduite par celle de Jesús García Sánchez 
sur le chouette blog argentin Eterna cadencia. 

Inventario de lugares propicios al amor

vendredi 22 mars 2013

30+30=une surprise argentine au Salon du livre

Buenos Aires, ville invitée l'an dernier au Salon du Livre (de Paris), a eu cette année la belle idée de mettre en parallèle le trentième anniversaire de la chute de la dictature et trois décennies de poésie argentine contemporaine. Puissante confrontation !




Les photographies de Roberto Juarroz, Alejandra Pizarnik, Arnaldo Calveyra entre autres envahissent littéralement l'espace visuel du stand. Egaré dans le temple du roman et du livre de cuisine, qu'est aussi le Salon du livre, l'amateur de poésie en reste ébahi. Quand on vous disait, il y a quelques jours, qu'en ce drôle de printemps les poètes sortaient de l'ombre... (ici et là).
Cela donne un stand spacieux avec une majorité d'ouvrages de poésie présentés sur les tables. On n'en revient presque pas de voir un tel déséquilibre entre les livres de poésie et les "autres", même si ces autres sont souvent eux aussi des poètes. Ce rééquilibrage en faveur - pour une fois - de la poésie, on ne le voit que dans les festivals et les marchés de la poésie, c'est-à-dire rarement. 

Sur le site de la Maison des Sciences de l'Homme (MSH), on trouve la liste complète des rencontres, débats, lectures, dialogues, hommages... dont celui rendu à Arnaldo Calveyra, poète argentin qui a choisi de s'installer à Paris après avoir obtenu en 1961 une bourse du gouvernement français pour sa thèse sur les troubadours provençaux. Sur le site internet de la MSH l'extrait est seulement en castillan mais au Salon il est sous-titré en français. 

Tout comme est entièrement sous-titré en français le formidable dvd "POETAS 2013" tissé de témoignages et de lectures de poètes contemporains produit par l'Audiovideoteca de Buenos Aires.
Jorge Aulicino, Diana Bellessi, Arnaldo Calveyra, Silvia Camerotto, Fabian Casas, Rodolfo Fogwill, Romina Freschi, Luisa Futoransky, Leonidas Lamborghini, Jose Luis Mangieri, Martin Rodriguez, Mirta Rosenberg, douze contemporains dont on entend les poèmes dans leur propre voix. Filmés souvent chez eux, parlant de leur travail, le comparant parfois au "futbol" comme Fabian Casas. "Un vrai Argentin" dit le ministre de la culture de la ville de Buenos Aires, Hernán Lombardi, en l'entendant lors de la projection au Salon du livre.
Si les dios existent, on devrait voir cette production sur Arte un de ces jours.

"Le chant, libre, conserve les traces d’anciennes hésitations"


Sur sa fiche de la Maison des Ecrivains et de la Littérature, on tombe sur cette phrase au détour d'un extrait de l'un des derniers livres de Arnaldo Calveyra "Maïs en grégorien" (Éd. Actes Sud, Traduction de Anne Picart, 2003) : 
"Le chant, libre, conserve les traces d’anciennes hésitations". 
Comme cela va bien avec cette scénographie qui exprime le projet de chercher dans la poésie des pistes pour l'avenir... Sa troisième année de présence au Salon, la ville de Buenos Aires l'a bâtie sur l'idée structurante de réunir intellectuels et poètes pour célébrer la démocratie. "La démocratie argentine n'a que 30 ans, elle est très jeune, dit Luis Gimelli, et nous croyons que la réunion de ces deux types de pensées peut aider à construire le futur car elles sont très anciennes et très sages". 

Luis Gimelli est un collaborateur du ministre de la culture de la ville de Buenos Aires. Chacune des 24 provinces du pays a son ministre de la culture et il y en a un AUSSI au niveau national...

"La figure du poète est très spécifique au sein de la littérature, poursuit Luis Gimelli, et nous exprimons ceci notamment au travers d'une exposition de photos de Daniel Mordzinski consacrée aux principaux poètes contemporains de Buenos Aires : Visages littéraires de Buenos Aires". 

En haut le sourire mutin de Mirta Rosenberg.
En bas, les yeux clairs d'Arnaldo Calveyra.

Egalement présente sur le salon, la directrice du festival de poésie de Buenos Aires qui tiendra sa huitième édition du 3 au 8 mai avec 32 poètes invités. Ce festival a la particularité d'être inclus dans la Feria del Libro. Tiens tiens... c'est donc imaginable que la poésie ne soit pas à l'écart ? Ou serait-ce un effet du réalisme magique sud-américain ? L'Argentine a décidément bien des chemins à nous montrer.

Enfin, l'éditeur Bernardo Schiavetta a opportunément réalisé une "Anthologie de la poésie argentine" avec Pablo Urquiza de la librairie Palimpseste à Paris (5e ardt). 

Maintenant, si vous croyez que tout ce qui est dit dans ce post est trop beau pour être vrai, allez donc le vérifier avec vos yeux au stand W66 du  Salon du Livre 2013.