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Ce blog est le petit frère de notre site disparu et un peu reconstitué ici.
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samedi 8 août 2015

France Culture avec ou sans poésie ?

Après la fermeture de la Maison de la poésie  de St-Quentin en Yvelines, l'arrêt du festival Voix de la Méditerranée  à Lodève, la fin du mois de juin fut secouée d'une autre grosse mauvaise nouvelle : la suppression de l'émission Ca rime à quoi ?  que produisait Sophie Nauleau sur France Culture.
C'était à la fois l'une des meilleures émissions consacrées à l'actualité de la poésie et... la dernière après l'éviction de Colette Felous et, quelques temps plus tôt, d'André Velter.

Sophie Nauleau, depuis 2008 sur France Culture, c'était des questions pertinentes, toujours en équilibre entre une indiscrétion courageuse mais retenue et le respect de l'invité même quand, intimidé ou inconsistant, il n'était pas à son meilleur. Incisives parce que précises, toutes ses questions et remarques s'appuyaient sur le texte, sur les poèmes eux-mêmes.

Pour éclairer ce dernier dossier, voici d'abord la lettre ouverte que Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes, avait envoyé à Olivier Poivre d'Arvor, directeur de France Culture, le 23 juin 2015. Puis la réponse de ce dernier, rendue publique début août.

La lettre ouverte de Jean-Pierre Siméon

Monsieur le Directeur,


J'ai appris avec stupéfaction et consternation la suppression de l'émission Ça rime à quoi, seul magazine consacré à l'actualité poétique de tous les média audio-visuels nationaux, tant publics que privés.

Cette exception était l'honneur de France Culture précisément, n'était-ce pas aussi son devoir, étant donné l'exclusion dont pâtit la production éditoriale poétique dans les lieux uniquement régis par la loi de l'audimat ?

Si nous ne pouvons qu'approuver par ailleurs le retour sur l'antenne de lectures quotidiennes de poésie, cette initiative ne saurait que s'ajouter, et non se substituer au magazine d'information et de réflexion que Sophie Nauleau animait avec la plus grande compétence. On ne saurait objecter qu'il y a d'autres émissions d'actualité littéraire, l'expérience ayant prouvé mille fois qu'étant donné le poids de la fiction et des essais, la poésie en est quasiment toujours la grande absente.

Au nom de tous ceux, nombreux, qui aujourd'hui se battent pour maintenir une place à la poésie dans l'espace public, je me permets de vous demander de reconsidérer une décision qu'ils ne peuvent admettre.

Nous appelons les poètes et les amateurs de poésie à faire part de leur désapprobation de la suppression de l'émission Ça rime à quoi en écrivant au directeur de France Culture : 116 avenue du Président Kennedy, 75220 Paris cedex 16. 

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes

La réponse d'Olivier Poivre d'Arvor

Monsieur le Directeur artistique du Printemps des Poètes, 
Cher Jean-Pierre Siméon,

Comme j'ai eu l'occasion de vous le dire lors de notre conversation téléphonique, nous avons souhaité à partir de la rentrée 2015, renouveler et développer de manière  importante l'offre de la poésie et de son actualité sur France Culture.

La poésie est et restera, sur notre chaîne de service public, un élément déterminant de notre cahier des charges. Plus que jamais, comme notre programmation le démontre.

En lieu et place du magazine de 30 minutes Ça rime à quoi, c'est désormais un nouveau magazine d'information, de réflexion et de création d'une heure Poésie et ainsi de suite, produit par Manou Farine, qui rendra compte de l'actualité de la production éditoriale poétique. Il sera programmé de manière hebdomadaire, dans la tranche des Ateliers de la création, soit le vendredi de 23h à 24h, tranche particulièrement suivie par nos auditeurs. Il permettra évidemment d'entendre la voix des poètes d'aujourd'hui, notamment à partir d'entretiens.

Par ailleurs, comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le dire, tous les jours de septembre à juin, un nouveau rendez-vous est désormais créé dans la grille de la station : une lecture de quelques minutes par Jacques Bonnaffé d'un poète contemporain, soit 44 poètes en un an. L'horaire (l'après-midi), sera fixé très prochainement. par ailleurs, pendant la grille d'été 2016, nous pourrons ré-entendre ces lectures.

Comme vous le voyez, la poésie trouvera à cette rentrée dans l'espace public de la radio une place plus importante et contentera de nombreux auditeurs.
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter à la connaissance de toutes celles et ceux qui font vivre aujourd'hui la poésie cette nouvelle programmation.
Je vous prie de croire, Cher Jean-Pierre, à l'expression de mes sentiments les meilleurs.

Olivier Poivre d'Arvor, directeur de France Culture.


Précisons qu'Olivier Poivre d'Arvor avait indiqué le 10 juillet dernier à l'AFP avoir été limogé de son poste de directeur de France Culture qu'il doit quitter à la fin du mois d'août...
Quoi que cèlent les querelles
le pouvoir est au couteau
bien plus qu’à la beauté.

Mais la poésie a besoin des ailes
et du mouvement des ondes
pour s’envoler jusqu’au monde.

On ne peut sans cruauté
oter
la mer sous les bateaux. 
Si ?

AxoDom

mardi 2 avril 2013

Avec Houellebecq la poésie fait la Une de Libé

La "Une" de Libération du mardi 2 avril 2013

La poésie est-elle en train de se dévêtir dans la perception des media de son vieux manteau de passéisme un peu ringard ?


Cette fois, ce n'est plus nous - forcément suspects de partialité vu le titre de notre blog - qui le disons, c'est Libé, le nécessaire porte-voix des rebelles, des héritiers de Mai 68, d'Actuel et des Inrockuptibles, l'arbitre des élégances toujours en avance, le media fureteur qui a dans ses gênes le sens du contre-courant avant-gardiste... Pléonasmes ? tant pis. 

"Le monde n'est plus digne de la poésie". Libération l'écrit en toutes lettres, et en fait le gros titre de sa "Une". Plus qu'un titre, c'est un splendide vers de poète contemporain de toutes les époques... Quoi qu'on en dise avant de l'avoir lu, Houellebecq est poète, physiquement, il écrit et publie de la poésie. Et depuis longtemps. Avec sa tête, avec ses rêves souvent gris, avec ses mains et avec du papier. 

Ceux qui l'avaient entendu il y a peu de semaines, le 6 janvier exactement, sur France Culture dans la belle émission de Sophie Nauleau "Ca rime à quoi" le savaient. Mais ceux qui n'ont pas suivi tous les méandres de la carrière souvent bruyante de cet écrivain qui a commencé par la poésie et ne cesse de la pratiquer, sauf lorsqu'il écrit des romans, pourront y voir une sorte d'aveu stupéfiant, de révélation, de coming out comme on dit en français assiégé d'aujourd'hui.

Derrière cette "Une" claironnante, porte-drapeau manifeste pas vraiment à l'avantage du monde, s'égrènent quatre (oui 4 !) pages où la timide se voit tresser des guirlandes de pampres et d'acacia, un triomphe avec couronnes de laurier et gloires de béatitudes en étendard. Guère habituée, la poésie ne sait plus où se mettre; le soir elle doit encore chercher une violette où se cacher.

Le vers de la "Une" prend d'ailleurs un autre relief lorsqu'il est lu dans le fil de l'interview de Sylvain Bourmeau qui ouvre ces pages : "Je pourrais (...) dire - sèchement - que le monde n'est plus digne de la poésie. Si l'on veut être optimiste, on peut penser que le temps du roman n'est pas terminé. (...) ça ménage l'idée d'un retour à des temps plus favorables pour la poésie."

Douceur agréable à l'œil que ces paragraphes où Houellebecq dit comment il aime Verlaine, Apollinaire et Aragon. Et les cite avec une gourmandise de vieil habitué : "Dans le vieux parc solitaire et glacé / Deux formes ont tout à l'heure passé." Dommage quand même que de son propre aveu il s'arrête à Mallarmé et Apollinaire, avec une exception pour Aragon.




Populaire ?

Avec dans ce numéro de Libé un total de quatre articles, dont deux d'Eric Loret s'attachent davantage au style et à l'inspiration de l'auteur, il importe aussi de signaler une ébauche d'hypothèse de prophétie, hasardée sous la plume de Nicolas Demorand : "(la poésie) cet usage si particulier de la langue peut redevenir populaire. Populaire au beau sens du terme. Populaire si l'on ose s'en saisir la plume à la main, sans avoir peur ou honte de mettre son coeur à nu." (On peut lire la suite dans l'éditorial ci-dessous).

Dans son édito, Nicolas Demorand rend aussi hommage
à l'école, au Livre de Poche, aux vers appris par coeur... 
 
 
Du recueil lui-même "Configuration du dernier rivage" (Flammarion), on ne pourra pas dire grand chose encore ici, ne l'ayant pas lu puisqu'il sort le 17 avril. Ce qui ne nous empêchera pas, même s'il ne nous plaît pas, de nous féliciter de sa publication.