Ce blog est le petit frère de

Ce blog est le petit frère de notre site disparu et un peu reconstitué ici.
Affichage des articles dont le libellé est attentat. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est attentat. Afficher tous les articles

dimanche 1 janvier 2017

En 2017 aussi, la poésie construit la réalité

Les attentats se succèdent, 
on reparle de Guerre froide...

La conscience écologique avance, 
la pauvreté dans le monde recule...

On voit par là que la réalité est un fantôme volage, 
une girouette rieuse. 

Alors quoi ? Alors on exhume un propos de Luc Boltanski qui donnait une réponse intéressante à la question à quoi sert la poésie ? Question que les amis de la poésie ne se posent pas mais qu'on leur pose souvent. 



Sous la vidéo, un résumé du propos et notre proposition pour 2017 et après.



La construction sociale de la réalité, selon Boltanski

Que dit le sociologue ?
" Il y a un concept très important en sociologie qui s’est imposé depuis les 40 dernières années, celui de construction sociale de la réalité et qui prend parti contre le Naturalisme. Pour celui-ci, il y a le réel et ce qui n’est pas vrai. (...) "
Mais il tempère aussitôt et réintègre un peu de naturalisme :
" Cela dit il y a bien quelque chose comme le monde qui produit un flux incessant d’événements. Mais notre expérience peut les ressentir sans être capable de les traduire dans un langage et de les faire entendre à d’autres, d’ailleurs c’est le rôle de la poésie de constituer des nouveaux langages pour exprimer des éléments du monde qui ne sont pas pris en compte par la réalité."
Il termine par l'apport du droit dans cette nébuleuse :
" Cette réalité, elle est construite beaucoup par le droit (....) C'est le droit qui stabilise la réalité. "

La construction poétique d'un monde insaisissable


Ce développement est intéressant mais la fin laisse perplexe. Que veut dire : "c’est le rôle de la poésie de constituer des nouveaux langages pour exprimer des éléments du monde qui ne sont pas pris en compte par la réalité" ?

Quelle est cette entité abstraite qui s'appellerait la Réalité et qui prendrait en compte les événements du Monde ? Est-ce à dire qu'il y aurait d’un côté le Monde et de l’autre la Réalité ??

D'autre part, le droit pose des normes, c'est sûr mais de là à dire qu'il "stabilise la réalité", c'est moins sûr. 

Pour sortir de cette aporie, le poète est en droit de formuler cette proposition :
"C’est le rôle de la poésie de bousculer les langages pour exprimer des éléments du monde qui ne sont pas ceux de la vie habituelle, quotidienne, visible ou sensible. 
Si l'on s'élève jusqu'à la spiritualité, on verra que ces éléments du monde ont leur réalité dans la vie psychique et qu'ils sont nécessaires à l'équilibre global de l'homme. Sans même parler de son bonheur..." 

Bonne année 2017 !

Post-scriptum : Pour ceux qui doutent que le monde se porte mieux, il y a ici une vidéo qui le soutient avec quelque apparence de vérité. On peut donc dire, révérence gardée à Apollinaire: "Je donne à mon avenir tout l’espoir qui tremble."

(Source photo de Une : Stock.Xchng.org)



(Lafayette 130520, Paris 170101)


dimanche 11 janvier 2015

Attenter à Charlie. Quel manque de poésie !

L'Institut du Monde Arabe (Paris).

Quelques jours après l'attentat contre Charlie Hebdo, le meurtre de la policière de Montrouge, l'assassinat du policier à vélo et la tuerie du supermarché juif de la Porte de Vincennes, la France se réveille avec un immense besoin de poésie. 


De pauvres garçons embrigadés et déguisés en commandos de jeux vidéo dans leurs panoplies de vengeurs de l’islamisme radical ont plaqué leurs rêves de pureté et de dignité sur de fausses représentations qu’on leur a mises dans la tête. Mais d'où sort ce "on" ? 

Quel con, ce « on » ! Pourquoi fait-il ça ? 

Qui tire les ficelles de ce con de "on" ? Qui fait croire à des jeunes une chose aussi bête et barbare que tuer des dessinateurs et des agents de la police municipale - et des juifs tant qu’on y est - serait glorieux et ferait plaisir à leur dieu ? Alors que nombre d'imams expliquent que l'islam est une religion de paix et d'harmonie. 

La réponse bien sûr est plus compliquée que la question mais, en attendant, il y a autre chose à dire que ce que répètent en boucle les politiques, les journalistes, les familles, les amis, les témoins, les experts. Quoi ? Eh bien, juste ceci : VRAIMENT, TOUT ÇA MANQUE DE POESIE. 

Oui, il faut l'affirmer haut et fort sans aucun sourire et sans une once d'ironie. 

Vraiment tout ça manque cruellement de poésie ! 

La poésie est ce qui élève l'être humain au-dessus des contingences de la vie matérielle, 
ce qui lui fait accéder à la beauté, à l'humour, à la générosité, au partage, à l'autre côté de la vie, à ce qui dépasse l'entendement et même à ce qui fait taire le raisonnement... 

La poésie est ce qui réduit toute opinion à sa juste place, toute petite place et pas plus grande que les autres.
La poésie c'est ce qui met le sens en apnée et ridiculise toute tentative d'avoir raison. 
C'est le calme de l'oeil fermé sur ce que la lumière ferait prendre pour du "réel". 
C'est  la cécité momentanée qui offre à l'homme la capacité de douter. 
C'est la possibilité d'être enfin sourd à toute conviction. 
C'est le détachement qui noie l'envie de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit. 
C'est tout le contraire du terrorisme qui veut imposer sa vérité à tous. 

Sans cesse le manque de poésie abîme le monde. Sans cesse le dogme de la concurrence pousse les uns contres autres. Sans cesse l'avidité productiviste, poussée par la folie de la croissance, pille les ressources du tiers monde. 

Et depuis si longtemps… On a parfois la tentation de lâcher la partie, de laisser aller et de s'en aller au ciel des agnostoïques dubitatifs. 

Mais non, on ne va pas laisser le terrain de jeu aux malappris, ils le saliraient. Les maladroits ne savent pas jouer sans tout casser.

Tout commence avec la langue

La violence et le sang naissent toujours dans la parole, hélas, comme l’amour et la sérénité. Tout ce que vit l’homme, il commence par le dire. Il imagine et il parle, avec ces mots qui sont son apanage, sa chance et sa malédiction.

Sachant que toute violence commence par la parole, pourquoi depuis des années laisser dire sans réagir dans des chansons de rap ou autre qu’il faudrait tuer des policiers ??? Et pourquoi suspecter de « retour à l’ordre moral » ceux qui s’indignent d’entendre ces horreurs ?


Si #JeSuisCharlie, si nous sommes tous Charlie. Disons le calmement, poliment et avec détermination. 
Reprenons possession du langage. Soyons clairs, réaffirmons la primauté de la correction, de la politesse, à tous les niveaux, de l'école à la rue. 
Apprenons à nous parler dans le respect, sans nous insulter, sans se lancer des grossièretés à la figure au moindre désaccord... Essayons même par exemple de ne pas nous couper la parole ! Ca n'a l'air de rien mais ce serait un bon début car c'est tout sauf facile. 

Aujourd'hui, on pleure dans la douceur d'une journée d'hiver ensoleillée. 
Demain il faudra reconstruire les digues, les ponts et les chemins.
Demain, il faudra se tendre la main. 

Demain, il faudra retrouver l'efficacité des armes secrètes de la poésie et la légèreté du mec sans pression lors de la #MarcheDu11Janvier : 



AxoDom
(réactions possibles aussi sur https://www.facebook.com/notes/axodom-guillerm/attentat-contre-charlie-quel-manque-de-poésie-/756230191135762)