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mardi 20 septembre 2022

"Vouloir aimer son présent", objet de poésie

Une oeuvre mixte poème/objet est installée depuis quelques jours au Forum des associations du Vésinet (3, av. des Pages) en préfiguration des Journées Portes Ouvertes 2022 de la Boucle des Yvelines. 

L'oeuvre en question, signée AxoDom, est titrée "Vouloir aimer son présent". Il faut un peu expliquer pourquoi...


Depuis le début de ce siècle de fer (attentats du 11-Septembre, de Nice, Charlie Hebdo... guerres en Syrie, au Darfour, en Ukraine... catastrophes climatiques, inondation du Pakistan, montée des eaux, méga-incendies, coulées de boue, tensions sur la démocratie...) l'impératif s'impose. Il faut "Vouloir aimer son présent".

Quelle que soit l'idée que l'on se fait de la poésie, il faut bien - aussi - accepter le constat de son incroyable résistance. Elle se tient toujours debout face aux absurdités, elle résiste à toutes les coulées de boue, elle traverse les pires feux, elle étincelle dans le noir.Pour cela, il faut qu'elle s'expose au grand jour comme dans le prologue de Jean l'évangéliste :

(...) lux in tenebris lucet et tenebrae eam non conprehenderunt.

        la Lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas comprise.

D'où l'idée d'en faire un objet, une chose non plus seulement mentale, mais qui évolue dans l'espace, en suspension, se prend en main, s'appréhende donc par l'organe préhensile de l'homme-singe qui aurait peut-être mieux fait de le rester mais c'est une autre histoire.

Cet objet/poème, fragile et souple, il faudra le saisir entre deux doigts pour le déchiffrer.

Ensuite, cette même chose-boîte - avec 4 autres boîtes d'inspirations très différentes - sera présentée lors des prochaines Journées Portes Ouvertes des ateliers d'artistes du coin. 
On vous y attend avec du café chaud, si vous apportez des gâteaux, les samedi 24 et dimanche 25 septembre 2022. Voir les adresses des divers ateliers dans le document ouvrable ci-dessous.

 

Journées Portes Ouvertes
Ateliers d’Artistes de 3 villes de la Boucle

Lien vers le plan : https://fr.calameo.com/read/001058103703f53a893cd

dimanche 1 janvier 2017

En 2017 aussi, la poésie construit la réalité

Les attentats se succèdent, 
on reparle de Guerre froide...

La conscience écologique avance, 
la pauvreté dans le monde recule...

On voit par là que la réalité est un fantôme volage, 
une girouette rieuse. 

Alors quoi ? Alors on exhume un propos de Luc Boltanski qui donnait une réponse intéressante à la question à quoi sert la poésie ? Question que les amis de la poésie ne se posent pas mais qu'on leur pose souvent. 



Sous la vidéo, un résumé du propos et notre proposition pour 2017 et après.



La construction sociale de la réalité, selon Boltanski

Que dit le sociologue ?
" Il y a un concept très important en sociologie qui s’est imposé depuis les 40 dernières années, celui de construction sociale de la réalité et qui prend parti contre le Naturalisme. Pour celui-ci, il y a le réel et ce qui n’est pas vrai. (...) "
Mais il tempère aussitôt et réintègre un peu de naturalisme :
" Cela dit il y a bien quelque chose comme le monde qui produit un flux incessant d’événements. Mais notre expérience peut les ressentir sans être capable de les traduire dans un langage et de les faire entendre à d’autres, d’ailleurs c’est le rôle de la poésie de constituer des nouveaux langages pour exprimer des éléments du monde qui ne sont pas pris en compte par la réalité."
Il termine par l'apport du droit dans cette nébuleuse :
" Cette réalité, elle est construite beaucoup par le droit (....) C'est le droit qui stabilise la réalité. "

La construction poétique d'un monde insaisissable


Ce développement est intéressant mais la fin laisse perplexe. Que veut dire : "c’est le rôle de la poésie de constituer des nouveaux langages pour exprimer des éléments du monde qui ne sont pas pris en compte par la réalité" ?

Quelle est cette entité abstraite qui s'appellerait la Réalité et qui prendrait en compte les événements du Monde ? Est-ce à dire qu'il y aurait d’un côté le Monde et de l’autre la Réalité ??

D'autre part, le droit pose des normes, c'est sûr mais de là à dire qu'il "stabilise la réalité", c'est moins sûr. 

Pour sortir de cette aporie, le poète est en droit de formuler cette proposition :
"C’est le rôle de la poésie de bousculer les langages pour exprimer des éléments du monde qui ne sont pas ceux de la vie habituelle, quotidienne, visible ou sensible. 
Si l'on s'élève jusqu'à la spiritualité, on verra que ces éléments du monde ont leur réalité dans la vie psychique et qu'ils sont nécessaires à l'équilibre global de l'homme. Sans même parler de son bonheur..." 

Bonne année 2017 !

Post-scriptum : Pour ceux qui doutent que le monde se porte mieux, il y a ici une vidéo qui le soutient avec quelque apparence de vérité. On peut donc dire, révérence gardée à Apollinaire: "Je donne à mon avenir tout l’espoir qui tremble."

(Source photo de Une : Stock.Xchng.org)



(Lafayette 130520, Paris 170101)


mardi 31 décembre 2013

2014 ou la défaite du mal

En 2014, tout va bien. Inutile de multiplier les voeux... Dans la réalité, n'est-ce pas, le Bien gagne toujours. Contrairement à une forte idée reçue, ce n'est pas le Mal qui l'emporte à la fin...


Bain de minuit pour les ours de la banquise 
qui se réjouissent de l'arrivée de 2014. 
Constater, comme nous osons fièrement le faire ici, l'empire du Bien sur le Mal n'est pas naïveté. Ce n'est pas non plus prophétie une auto-réalisatrice; c'est seulement le constat de l'Histoire. 

Il faut se rendre à l'évidence. Ce n'est pas le mal qui sort vainqueur de la lutte éternelle. On en a quelques preuves.

D'abord, s'il en était autrement l'humanité ne serait plus là pour en parler; elle se serait détruite depuis longtemps. Les stocks de bombes nucléaires disséminés ici et là depuis des dizaines d'années y suffisent largement. 

Or, nous sommes toujours là. Est-ce l'équilibre de la terreur qu'il faut louer pour cela ? Est-ce un dieu bienfaisant et très oecuménique ? Ou bien est-ce une loi sociologique internationale, ou plutôt interculturelle, voire anthropologique, selon laquelle le pire serait sans cesse rejeté dans le tiroir des options dont on ne se sert pas. 
Mais rejeté par qui ? Y aurait-il ici un équivalent de la fameuse main invisible dont parlait l'économiste écossais Adam Smith en 1756, ce mécanisme naturel d'auto-régulation des marchés agissant non pas malgré mais du fait de l'égoïsme des hommes ("Recherche sur les causes et la nature de la richesse des nations") ?

En tout cas, nous avons survécu à la guerre froide, mais aussi à la fin de l'histoire, à l'an 2000, à l'apocalypse Maya pourtant prévue pour décembre 2012. Nous avions même survécu avant cela au passage à l'Euro... C'est dire si la volonté de survie de l'espèce est forte. Ou simplement la Volonté au sens de Schopenhauer. 

Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut point entendre

Bien sûr, on va nous accuser de courte vue et de courte mémoire. On va nous objecter que nous oublions les tyrans, les génocides, les pandémies, les horreurs de toutes les guerres du passé et du présent (Syrie, Tibet, Soudan, Haïti, Afriques...). 

Mais au contraire nos yeux voient plus loin que ce que l'Histoire sélectionne à un moment donné comme formant le tout du réel. On déplace le cadre et apparaît le mensonge structurel. 

Si le mal était le vrai vainqueur à long terme, la Terre serait totalement couverte de dictatures.
Si le mal primait toujours, les valeurs maléfiques seraient portées au pinacle.
Si le mal était primus inter pares, les oeuvres de Sade seraient étudiées à l'école. 
Et les fleurs du mal seraient en bouquets à offrir comme modèle social absolu.

Mais non, la plupart des hommes luttent contre le mal et, en tout cas, personne ne s'en réclame. Au contraire, chacun prétend à la vertu et affirme vouloir le bien de tous, même quand c'est pour affermir ses propres intérêts. 

Comment se fait-il ? 

Ou plutôt, comment avons-nous réussi cela ? Car c'est un effort collectif que ce travail d'évitement permanent, de réparation obstiné, de patiente résilience. C'est une oeuvre longue de prudence, d'élévation des vues, d'accordage des sensibilités et d'harmonisation des désaccords.

Le philosophe écossais David Hume a été un des premiers à exprimer cette idée, maintenant largement partagée en sciences sociales, que les gens pensent souvent être en désaccord alors que leurs opinions sont simplement complémentaires. 

Ce constat devrait être répété ad libitum dans les écoles de la République, mais aussi dans les écoles du Commerce, dans les universités, dans les écoles religieuses, et surtout dans les médias et sur chaque page d'accueil de tous les moteurs de recherche d'internet : on croit être en désaccord quand nos opinions sont simplement complémentaires...

Dans son "Essai sur la règle du goût" (“Of the standard of taste” de 1742), Hume donne en exemple un épisode savoureux tiré du Don Quichotte de Cervantes, l'histoire des deux oenologues : ils avaient tous deux raison bien que leur jugements fussent différents (cf. texte lisible via le lien David Hume, “Essai sur la norme du goût”).


Et dans tout cela la poésie ? 



Claude Lévi-Strauss développe une idée voisine - mais antonyme - dans "Race et histoire", un court essai de 1952. Pour lui, est barbare celui qui justement parle de barbarie, celui qui y croit. Il retrouve ainsi cette vieille vérité : ne pas nommer le mauvais est un moyen simple et efficace de ne pas l'aider à exister. 

Alors si croire influe sur ce qui est, croyons que 2014 est une très bonne année. 


En 2014, les politiques qui ont inconsidérément réduit les moyens de subsistance du Printemps des poètes vont donc se réveiller de leur sommeil dogmatique (comme Kant après avoir lu Hume justement...), nous sortir de notre mauvais rêve et rendre à l'association ce qu'ils lui ont pris, c'est-à-dire un budget de fonctionnement décent.
 Ce sera une bonne année. Vous verrez, déjà en 2011, nous avions prédit ce qui est maintenant devenu un beau passé (à lire ici pour les incrédules).  

Merci enfin à Pierre Vavasseur d'avoir, dès le premier jour de cette belle année, lancé la même demande sur les ondes de France Inter (écouter ici)


AxoDom

NB : La triste photo qui l'illustre n'a bien sûr aucun rapport avec cet article joyeux. Les ours polaires vont attendre la fin de 2014 pour savoir s'ils doivent se réjouir.