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mercredi 25 janvier 2012

Bibliothèques polémiques

A l'évidence, l'Internet bouleverse la lecture tout comme l'écriture. Heureusement préservée à l'écart du bruit littéraire, la poésie a fort à gagner au Net et à ses oeuvres.
La bibliothèque idéale ?
Dans un article intéressant malgré ses excès polémiques, "Les écrivains malades du Net", Laurent Margantin sur son blog Carnets d'Outre-Web oppose les écrivains publiés (arrivés, reconnus, etc) et les "plébéiens du Net". Il oppose aussi la "bibliothèque de famille bourgeoise", antre de paix confortable sinon luxueux, à l'accès numérique ouvert à tous. Si l'on passe sur les attaques ad hominem contre Yann Moix et Frédéric Beigbeder que chacun est libre d'apprécier ou non, les questions soulevées sont intéressantes mais...

Pascal disait avec justesse que "le contraire d'une vérité profonde, c’est une autre vérité profonde".

Ainsi, opposer la beauté d'une bibliothèque de livres de papier à l'efficacité de l'accès numérique n'a guère de sens, sauf à reconnaître que la première est plus belle et la seconde plus efficace. Ayons la sagesse de nous réjouir de pouvoir aujourd'hui profiter des deux; nos successeurs n'auront peut-être pas ce privilège quoi que sans doute ils en auront d'autres.

D'autre part, qu'elle soit de bois ou d'octets, chaque bibliothèque est un labyrinthe qui nous remémore Jorge Luis Borges. Dans un bel article du Monde Diplomatique d'avril 2010, Alberto Manguel, justement spécialiste de Borges, jouait avec l'idée que les lectures successives d'un même livre créent en nous une bibliothèque virtuelle, une sorte de tag personnel.
"Mais mes propres Don Quichotte, ceux qui correspondent à chacune de mes lectures différentes, ceux qui ont été inventés par ma mémoire et édités par mon oubli, ne peuvent trouver une place que dans l’esprit de mon lecteur." 
Tout joue dans ces souvenirs de lectures et notamment l'objet, le papier, le vent qui pousse les pages... toutes choses difficiles à retrouver sur un écran. En revanche, la richesse des découvertes que le Net permet aujourd'hui à bas coûts est incommensurable. Toute la meilleure poésie du monde est au bout de nos doigts, offerte à notre curiosité.

La liberté de "L'âge de l'accès", préfigurée par Jeremy Rifkin il y a 10 ans, a aujourd'hui le paradoxale et délectable résultat d'aider à la redécouverte de la poésie par les lecteurs eux-mêmes puisque les "grands médias" l'avaient exclue de leurs colonnes depuis des lustres. Le nombre de clics sur le nom de Tomas Tranströmer inconnu la veille de son prix Nobel était... émouvant.



Et le débat commence à peine...

vendredi 6 janvier 2012

sous la poussière Montale

Quelques jours d’abandon suffisent à la couverture d’un livre
délaissé sur le bureau à cause des tourbillons
pour se couvrir avec la discrétion des malheureux
de quelques grains de poussière que le soleil délivre. 

Eugenio Montale, "Poèmes choisis 1916-1980" (nrf, Poésie/Gallimard)

Suffisent au manteau d’un livre quelques jours d’abandon
sur le bureau délaissé à la cause des tourbillons
pour se cacher dans la discrétion des malheureux
d'un tissé de poussière que le soleil délivre heureux.